08 mars 2008
MILLÉSIMES 2008 est paru !
Cette année, avec ce millésime 2007, nous allons avoir l’occasion
de voir l’art des vignerons, la force des terroirs et de revenir vers
des vins plus classiques, mieux équilibrés, plus élégants. Il faut
comprendre que la force de nos vins, c’est justement d’apporter une
finesse qu’un bon nombre de concurrents ne peuvent s’offrir. Qu’est-ce
qui différencie en effet un vin français d’un autre ? On a les mêmes
cépages, les mêmes techniques de viticulture et d’œnologie… Il y a
trois paramètres qui font la différence :
- les sols. À l’exception de l’Italie, aucun autre pays ne possède une aussi grande palette de terroirs, dans lesquels on a su planter -c’étaient souvent des moines- les cépages adéquats. Les exemples pullulent, partout : à Chablis (sols kimméridgiens), en Champagne (la craie, le calcaire), en Bourgogne (pierrosité, marnes rouges ferrugineuses, marnes blanches, sols bruns calcaires…), dans la Vallée du Rhône (molasses, quartz roulés, argiles rouges…), dans la Loire (terres argilo-siliceuses -les fameux”silex”, schistes, plateau calcaire -le “‘tuffeau”, craie marneuse…), à Bordeaux (sols graveleux, graviers, croupe de graves garonnaises…), etc.
- les climats. Quels sont les autres vignobles qui possèdent autant de variations climatiques ? Faut-il rappeler l’influence du mistral en Provence et dans le Rhône, de la forêt en Champagne, de l’océan ou des fleuves à Bordeaux, des positions des vignes sur les versants en Bourgogne comme leur altitude en Alsace, de la méditerranée et du vent en Languedoc, etc.
- les hommes. On a des vignerons dont les ancêtres faisaient du vin il y a plus de 500 ans ! On a des hommes et des femmes qui parviennent -malgré les modes et les appels des “sirènes”- à rester au plus haut niveau depuis des décennies, bien avant que l’on imagine même de pouvoir planter des vignes en Australie ou en Californie, bien avant que l’on nous chante les louanges des vignobles de Nouvelle-Zélande, d’Argentine ou de Roumanie.
Bref, on sait non seulement faire du bon vin, ce que tout le monde
peut faire, je vous l’accorde, mais on sait surtout faire des vins
racés, reconnaissables entre mille, qui sentent ce “fumé” bourguignon,
déploient ce “velours” libournais, cette “chair” en Médoc ou à
Châteauneuf, cette “minéralité” à Pouilly ou à Meursault, cette
fraîcheur en Champagne comme dans nos grands liquoreux.
C’est cela notre force : la différence, la variété, l’originalité… La
typicité, ce n’est rien d’autre que l’association d’un sol, d’un
micro-climat, d’une plante et d’un homme.
Vous comprendrez que l’on est loin des producteurs qui se disent
“modernes”, “révolutionnaires”, “découvreurs”, trop imbus d’eux-mêmes…
et nous abreuvent de produits standardisés, au goût régulier chaque
année, confondant le principe de se servir des techniques modernes pour
“coller” à la nature et celui de les utiliser à outrance
(surmaturation, surconcentration…).
Nous, on aime les vins qui ont une âme, qu’ils valent 7 € ou 100 fois
plus, élevés par des vignerons conviviaux, passionnés et humbles face à
la nature. Ces vignerons ont du talent et sont dans ce numéro.
Merci de votre fidélité.
Acheter MILLESIMES en direct (frais de port offerts en France)
31 décembre 2007
VinoVox, c'est parti
Le voilà, le résultat de notre force sur Internet. Le 1er vrai magazine du Vin sur le Web, alimenté par des centaines d'articles, de liens, de flux, de reportages, de présence sur le terrain... C'est -une nouvelle fois- du jamais vu, et unique ! Le mieux, c'est que vous alliez voir :
29 décembre 2007
My Space
J'ai ouvert mon espace sur My Space en Novembre. Il est personnel, c'est-à-dire que j'y aborde mes passions, notamment l'art contemporain (mon épouse Brigitte et moi projettons l'ouverture d'un "espace" d'art moderne à Auros), la musique, le cinéma et la littérature. Plus d'une centaine d'ami(e)s (112, à ce jour) sont déjà venus me rejoindre, français, italiens, américains, canadiens, belges, artistes, compositeurs, peintres..., j'ai déjà réservé des tableaux, hésite sur une sculpture, ai promis d'aller voir un concert... On se doute que c'est un média exceptionnel pour tisser des liens et partager son expérience. Très agréable, très enrichissant. Le Net, c'est cela, avant tout.
16 octobre 2007
20 sur 20 ?
Je me fais plaisir, et j'y aborde pratiquement tout les sujets : la Boxe (regardez attentivement le jeu de jambes d'Ali, et Bretonnel), Sarkozy (je soutiens plus que jamais), Dido (et des vidéos superbes de Clapton, des Stones, de Dylan, Lou Reed, Brian Ferry, Amstrong, ou Callas), Rugby (de Bernard "Madrange" aux Blacks), ce qui nous met mal à l'aise (dont la précarité et cette pauvreté stagnante dans notre pays riche), Villepin (et sa rancœur), une rubrique houlala (de Catherine Breillat à Paris Hilton, du Japon à Jean-Claude Van Damme), le FMI (Strauss-Kahn, pas mal payé), Goldman (Là-bas), de quoi rire ou pleurer, mais aussi le génie des hommes avec les montres à complications (et un Planétarium époustouflant), les vins Californiens, le scandale d'EADS (info ou intox ?), la Poste, mais encore Kouchner (j'aime bien), Lawrence d'Arabie, Rothko (et Soulages, et Warhol, et Tal-Coat, et Krémègne...), l'iPhone, quelques tacles à Fabius (mais aussi à Royal, Copé, Santini, Juppé ou Jospin), de quoi avoir honte, des conseils pour bien acheter (et éviter des vins à prix incautionnables), un peu de technique (du vin soda aux cavernes de Mars), de beaux vins..., des coups de chapeau (Google, Dominique Ferrandez, Imagine et My Sweet Lord en live...), les vins de Toscane, pas mal de coups de gueule ou tout comme (Toupie, Bollinger, les vins de cépages, Citadelles du Vin...), mes infos préférées (Europe 1, Guillaume Durand), les livres (Alamut, Tourbillon...), bien sûr, puis la crise américaine, ce qui nous fait sourire (dont des articles sur le vin parus dans Le Figaro et Le Monde), les stocks-options (il est bien, Seguin), Brad Pitt, les copeaux de bois, voir et revoir Keyser Soze... le tout noté de 1 à 20, avec humour (quelques vidéos top de Nicolas Canteloup, Gad Elmaled, Florence Foresti), ironie ou conviction. De quoi se divertir mais surtout s'informer sur 20 sur 20 ?
De quoi aussi être content de partager tout cela avec les milliers d'internautes qui nous lisent et, de plus en plus, nous liront, puisque, je le rappelle, nous sommes référencés en 8e et 12e positions dans Google sur plus de 5, 3 milliards (vous lisez bien)... Bon courage à nos concurrents, qui parlent beaucoup dans les chaumières mais sont invisibles sur le Net, le 1er -et seul- média vraiment grand public et mondial, et demain bien plus qu'aujourd'hui.
Merci Google
Il y a quelques jours, je vous confirmais l'exceptionnel record avec l'un de nos derniers sites : 20sur20, sur Yahoo, nous étions déjà en 4e position sur plus de 275 millions de sites.
Aujourd'hui, c'est l'apothéose sur Google (89% du marché, leader mondial) : quand on tape simplement 20 sur 20, nous sommes 8e, 9e et 12e sur plus de 5, 560 MILLIARDS !!!
Ce résultat rarissime est lié à un "melting-pot" de notre action sur le Net, avec mon nouveau blog Perso 20 sur vin ? et les créations de :
http://20sur20.info
http://blog.20survin.net/
http://blog.20vin.info/
http://blog.20-20.fr/
http://blog.20-sur-vin.com/
http://blog.vin-sur-20.com/
http://blog.tv20.fr/
http://blog.vinsur20.eu/
http://blog.vin-sur-vin.eu/
etc, etc...
22 août 2007
Parution du Guide 2008
Participez aux débats sur AgoraVox et NaturaVox, dans lequels cet article vient d'être publié :
Alsace
Il existe une réelle convivialité des hommes de la région et leurs vins
atteignent une typicité rare, procurant la joie du vin, à des prix qui
ont tendance à monter. Attention à la complexité des terroirs, voire à
l’amalgame entre des crus et des lieux-dits. Il faut rechercher la
fraîcheur et la vivacité, au détriment de vins parfois trop souples,
qui deviennent de plus en plus “douceâtres”. Les millésimes 2005, 2004,
2002 et 2001 sont savoureux, le 2003 a été plus délicat à vinifier (en
Vendanges Tardives, misez sur les 2004, 2001, 2000, 97 ou 89).
Beaujolais
La force du terroir donne une réelle typicité à chaque cru, et les
meilleurs vignerons s’évertuent à sortir de beaux vins, chacun
représentatif du style de son appellation. Pour s’en apercevoir, il
suffit d’objectivité, d’un minimum de connaissance du terrain, de
modestie et de partager l’amour du vin comme le font les producteurs du
Guide. Le 2006 est réussi mais délicat à maîtriser, le 2005 est très
typé, le 2004 est un millésime dense et très aromatique, et le 2003,
trop mûr, beaucoup moins intéressant. En Jura et Savoie, de nombreux
coups de cœur, avec une gamme qui va de la plus grande fraîcheur à la
plus grande complexité.
Bordeaux
Attention aux prix des grands crus 2005, il faut savoir choisir et ne pas se faire avoir.
- Dans le Médoc, la priorité, c’est de laisser s’exprimer son terroir,
en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la
lutte raisonnée, en laissant faire la nature… Il y a une dizaine
d’années, le travail des vignes avait été délaissé dans certains grands
crus, au profit de la vinification et d’expériences à outrance. Si les
techniques modernes sont souvent remarquables, les propriétaires
traditionnels continuent de faire ce qu’ils savent faire, en se servant
des progrès mais sans masquer leur typicité. De Pauillac à
Saint-Estèphe, de Moulis à Margaux, à Listrac comme à Saint-Julien, en
Haut-Médoc et en Médoc, les coups de cœur sont nombreux. En parallèle,
les prix très exagérés de certains vins renommés sont difficilement
cautionnables, surtout pour le 2005. Misez sur les 2004 et 2002, voire
2001, très classiques, encore trop jeunes à boire, et faites-vous
plaisir avec les 99, 97, 96 ou 90.
- Structure, charme, intensité, distinction, les plus grands vins de
Pomerol sont particulièrement sensibles et marqués par leurs sols, très
diversifiés. Ici, nul besoin de s’escrimer à vouloir abuser de la
barrique neuve ou d’une surconcentration pour faire un grand vin, c’est
le terroir qui prime, et signe la distinction. Les 2004, 2003 et 2002
sont très savoureux (le 2002 peut-être même supérieur), le 2001
remarquable, plus fin, le 2000, superbe.
- À Saint-Émilion, si certains se flattent ici d’élever des cuvées très
“spéciales”, il faut plus que jamais tirer un coup de chapeau aux
propriétaires de talent qui élèvent les véritables grands vins de
Saint-Émilion, satellites compris, du plus grand des grands crus au
plus modeste rapport qualité-prix. On partage avec les propriétaires
retenus dans le Guide le plaisir du vin, la modestie face à la force de
la Nature, et cette convivialité propre à la région. Beaux millésimes
2004 et 2001, éclipsés à tort par les 2003 et 2000. Quelques crus ont
remarquablement réussi le 2003, d’autres beaucoup moins, notamment ceux
qui sont trop “confiturés”. Un certain nombre de crus pratiquent des
prix qui ne sont pas justifiés. Comme dans l’ensemble du bordelais,
débouchez les millésimes 2000 à 90 en ce moment.
- Du plus grand vin au plus abordable, on savoure, du nord au sud de
cette “entité” des Graves, une variété importante de styles de vins.
Des crus réellement exceptionnels, issus des territoires de Pessac,
Martillac, Léognan, mais aussi ceux de Podensac, Portets ou
Saint-Morillon, certains d’entre eux, dans les appellations
Pessac-Léognan comme dans celle des Graves, bénéficiant d’un
remarquable rapport qualité-prix-plaisir. C’est le berceau des grands
vins blancs de la région bordelaise, aux côtés de rouges puissants et
typés. Mes dégustations en Pessac-Léognan comme en Graves, des
millésimes 2005 à 2001, confirment mon Classement des valeurs sûres,
celles où le talent des hommes s’associe à la race du terroir. Gare à
certains prix néanmoins, comme à une concentration outrancière chez
certains, au détriment de la typicité. Les blancs 2004, 2001, 2000, 98
ou 97 sont excellents.
- Il y a de tout dans ces appellations de Côtes, de grands vins racés
et typés comme nous les aimons et d’autres cuvées qui font la part
belle à des vinifications trop sophistiquées, peu propices à mettre un
véritable terroir en avant. Il s’agit donc de savoir miser sur les
hommes et les femmes qui le méritent, assumant la grande tradition
bordelaise depuis des années. Misez sur les millésimes 2005 à 2000,
avec l’opportunité du 2004.
- Mon soutien à l’appellation des Bordeaux Supérieur ne date pas
d’hier. Mes dégustations des millésimes 2005 à 2000 confirment
l’exceptionnel plaisir que procurent aujourd’hui ces vins, même si,
comme ailleurs, la différence des terroirs et l’élevage sont toujours
prépondérants. Attention également aux cuvées trop boisées ou trop
concentrées (et bien trop chères), qui n’ont aucun intérêt. Les
meilleurs tiennent la distance avec des millésimes 98 ou 96, excellents
actuellement.
- A Sauternes, l’équilibre géologique et climatique de la région en
fait un milieu naturel idéal pour cette fascinante biologie qu’est le
Botrytis cinerea, ce minuscule champignon qui a le pouvoir d’augmenter
la teneur en sucre des raisins, aidé par les brumes matinales des
automnes qui précèdent un soleil chaud à midi, favorisant sa
prolifération. Terroir oblige, les crus développent leur propre
spécificité, certains très liquoreux, d’autres tout en finesse, et les
prix sont largement justifiés quand on connaît les efforts et la
patience des propriétaires. Plusieurs millésimes, en dehors du 2002 (où
le plaisir est bien rare), comme les 2001, 99 ou 98 sont de toute
beauté. Le 2003 est réussi, certainement moins typé, et le 2004
particulièrement savoureux et classique. Les plus grandes bouteilles à
leur apogée sont aujourd’hui celles des millésimes 96, 95 ou 89, où
l’on atteint le grand art.
Bourgogne
Ici, on ne s’excite pas à faire des vins “putassiers”, privilégiant ce
qui doit l’être : le terroir et le fruit. L’altitude des vignes,
l’inclinaison des pentes, la richesse des sous-sols en ressources
minérales… Tout concourt donc ici, à faire la différence entre un bon
vin et un vin sublime, et cela explique l’extrême diversité des grands
vins bourguignons, qui leur donne cette typicité unique, où l’élégance
prédomine toujours, en rouge comme en blanc. Élever un grand vin, en
effet, c’est être aussi capable de le partager avec passion et
humilité, et cela ne s’apprend pas. Voici donc ces vignerons talentueux
et passionnés que je soutiens, pour lesquels il n’y a nul besoin de
fioritures ni de vinifications “gonflées”, et dont les prix sont bien
souvent largement justifiés, d’autant que les millésimes 2004, 2003,
2002, 2001, 2000 et 99 sont très savoureux. Exceptionnel 2004, en blanc
comme en rouge, qui côtoie donc un 2003 atypique. Le grand 2005 suit le
2004, dans les 2 couleurs, et demande de la patience. Superbes
bouteilles en blancs dans les millésimes 2000, 99, 95 ou 89, alors que
les meilleurs rouges développent leur attrait dans les millésimes 99,
97, 89 ou 85. Attention, les prix remontent, et certains en profitent
trop, ce quyi explique ma sévérité cette année.
Champagne
On est vraiment au sommet dans la région. Mon Classement est encore
remanié cette année, avec des producteurs qui montent en grade… Cette
hiérarchie vient toujours, et avant tout, récompenser les efforts
accomplis, le talent des hommes et leur volonté qualitative. Un bon
Champagne c’est charmeur, un grand Champagne, c’est toujours un plaisir
exceptionnel, que l’on n’a d’ailleurs jamais pu copier ailleurs. Les
hommes et les femmes, les assemblages et les terroirs font, là comme
partout, toujours la différence. Certains “vieux” millésimes sont
remarquables de fraîcheur et prouvent le potentiel d’évolution des
meilleures cuvées. On trouve de remarquables cuvées à des prix très
justifiés, dans toute la gamme, comparativement à d’autres
appellations, et on comprend le sucès de la région.
Languedoc
Je soutiens les hommes et les femmes qui s’attachent à élever des vins
typés par ces terroirs de garrigues, maîtrisant les rendements,
respectant leur spécificité. Les terroirs ont le potentiel pour que
l’on y élève tout naturellement de grands vins racés, sans vouloir
copier telle ou telle appellation plus connue avec des cépages
inappropriés. Pour certains, l’exagération des prix et certaines
“renommées” bien trop récentes commencent à se dégonfler comme des
baudruches. Les millésimes 2004 et 2003 sont réussis, les 2002 et 2000
savoureux.
Provence
Il faut savoir choisir la bonne adresse ici, se méfier des vins et des
prix de “touristes”, et de la grande cavalerie des rouges et rosés de
bas de gamme que l’on débouche parfois. Ceux qui comptent sont ceux de
ces propriétaires qui laissent s’exprimer au mieux les grands cépages
de la région (Grenache, Mourvèdre, Cinsault, Rolle, Ugni blanc…), dans
ces terroirs complexes, argilo-calcaires, caillouteux, graveleux ou
sableux. Eux élèvent des vins formidables dans toutes les appellations,
en rouge, en blanc et en rosé. Idem pour la Corse. L’influence des
millésimes est beaucoup moins marquée ici, et l’on peut estimer une
très bonne série 2004, 2003, 2002 (un ton en-dessous) et 2001. Les
blancs sont souvent remarquables, et les rosés reviennent à la tête de
ce type de vin (2005 superbe).
Sud-Ouest
S’il s’agit de faire attention aux “microcuvées” qui apparaissent, pas
typées et à des prix incautionnables, les meilleurs vignerons
s’attachent ici à élever des vins racés comme nous les aimons. Les vins
ont une réelle typicité, un potentiel de garde (beaux 99, 95 ou 86) où
les cépages et les sols ont leur influence et une véritable présence
historique. Les millésimes 2004, 2003 et 2001 sont des réussites.
Quelques rapports qualité-prix-plaisir exceptionnels, en rouges, en
blancs secs et en liquoreux (millésimes 2004, 2000, 95 ou 90).
Val de Loire
De la Touraine au Pays Nivernais, du Pays Nantais à l’Anjou-Saumur, la
typicité s’allie à un rapport qualité-prix régulièrement remarquable et
tout concourt au plaisir du vin. Les hommes élèvent des vins à leur
image. Pour les blancs secs, de très grandes bouteilles en Pouilly-Fumé
comme à Vouvray, à Sancerre comme à Savennières ou à Saumur. Les
liquoreux sont exceptionnels, notamment en Coteaux-du-Layon ou Vouvray,
et les rouges associent charpente et fraîcheur, du plus souple
(Touraine, Bourgueil, Sancerre…) au plus charnu (Chinon,
Saumur-Champigny…), des vins qui s’apprécient jeunes mais savent aussi
garder la distance (remarquables 2000, 98 ou 95). Le millésime 2002 est
très réussi en blancs, difficile en rouges, et les 2004, 2003 et 2001
sont savoureux. Beaux liquoreux en 2004, 2003 et 2001, et un millésime
2005 très typé, très prometteur.
Vallée du Rhône
De Vienne en Avignon, les vins rouges et les blancs, du plus
prestigieux au plus méconnu, sont denses, racés et chaleureux, et, pour
la plupart, bénéficient d’un très beau rapport qualité-prix-typicité.
Viennent alors se rejoindre la convivialité, le terroir, et la main de
l’homme, qui font toujours la différence. Le millésime 2003 est parfois
très mûr, le 2002 a été très difficile à maîtriser, et le 2004 très
classique, très réussi. Il faut aussi prendre le temps de conserver ces
vins, car on débouche de grandes bouteilles actuellement dans des
millésimes comme 98, 95, 90 ou 85, voir la Vintage Code ©, page 37.
© Voir le GUIDE DUSSERT-GERBER DES VINS DE FRANCE 2008 (Editions Albin Michel).
07 mai 2007
Lutter contre la mondialisation du goût
Le milieu du vin possède une éthique. Nous aussi,
nous avons une éthique : elle s’exprime au travers de notre respect
pour le consommateur, pour nos lecteurs, pour les amateurs, pour les
jeunes comme pour les moins jeunes, en sachant bien que l’apprentissage
des vins, l’information, demandent du temps, de l’argent, de la
patience, de la passion, de l’intérêt. Cette éthique s’exprime aussi en
défendant les vignerons passionnés et passionnants. On comprend qu’il y
a aujourd’hui deux mondes du vin, deux options : l’une où l’éthique
prime, l’autre purement commerciale. D’un côté donc, il y a des
marchands ou des opportunistes qui font des vins standardisés ou
"putassiers" en prenant les consommateurs pour des idiots. En face,
n’importe quel vigneron digne de ce nom, comme un autre artisan, un
fromager, un boulanger ou un artiste vous le dira : même si l’on doit
en vivre, et donc le vendre le mieux possible, on ne peint pas un
tableau pour plaire, on n’écrit pas un roman ou on ne compose pas une
œuvre musicale uniquement pour vendre, mais parce que l’on est inspiré
et que l’on a des idées et des convictions. Il faut savoir choisir
entre le fait d’encenser les vins "dopés" et celui d’aimer les vrais
vins, tout simplement, ceux dans lesquels on retrouve aussi bien la
force du terroir que la main de l’homme.
On se bat contre la mondialisation de la "malbouffe", et pour le vin c’est encore plus fondamental et plus réel. Un vin français ou étranger qui n’est fait qu’à l’aide de vinification ultra-sophistiquée n’a aucun intérêt. Quel sens cela a-t-il de ne mettre en avant que le côté technique ? Ce n’est pas un gage de qualité, et encore moins celui de laisser s’exprimer la Nature que d’utiliser à tort et à travers des techniques à manier avec beaucoup de précaution. Certes, les vins ont changé (pas tant que cela, en fait), se sont assouplis, se sont dépoussiérés de leurs mauvais goûts et sont beaucoup plus garants d’une véritable régularité qualitative. Pourtant, celle-ci ne doit pas être, comme se plaisent à le faire certains, l’occasion de dépersonnaliser les crus, de "lisser" les terroirs, sous prétexte de glaner des bonnes notes auprès de tel ou tel "critique" du moment. Un vin digne de ce nom, c’est simplement un vin qui procure du plaisir, un moment où l’esprit et le corps sont en osmose, la même que peut inciter un regard devant toute autre forme de beauté et de création, artistique, philosophique, humaine ou sportive.
LE RESPECT DES AUTRES EN REJETANT L’INDÉCENCE
En parallèle, on est loin du temps de l’arrogance (voir aussi Introduction Bordeaux). Il faut avouer qu’il devient risible (une sorte de fin de régime) de constater que quelques-uns, qui proposent un vin trop cher, en perte de marché, sont encore dans une démarche où l’on se moque des consommateurs. On voit que certains grands chefs en reviennent (c’est tout à leur honneur) comprenant que l’on ne peut plus, aujourd’hui, continuer de vendre des plats à des prix indécents. Il en va de même dans le vin, à l’exception de quelques très rares bouteilles (une dizaine ? ) qui nagent dans un monde de luxe et non plus dans celui de la bouche, là où le prix n’est plus le simple révélateur de qualité. L’époque n’est plus à la frime, et ceux-là doivent accepter de faire comme les autres, c’est-à-dire de "mouiller la chemise" pour vendre leurs produits. Terminés les acquits. Quand on voit le dynamisme et le savoir-faire commercial (c’est-à-dire proposer un vin à un prix cohérent, du plus modeste au plus grand) de nombreuses appellations françaises moins connues et d’un bon nombre de pays étrangers, on comprend que quelques grands crus dont la notoriété est aujourd’hui dépassée puissent se faire des soucis.
Je connais plus de 3000 vignerons, dont un non nombre que je respecte, même s’ils sont absents du Guide. Les producteurs de vin qui ne pensent qu’à augmenter leur prix, à récolter une bonne note en maquillant leur vin, à adapter un vin selon la mode, n’ont aucun intérêt. À quoi bon faire un vin sans plaisir ? Ne vaut-il pas mieux encenser l’effort et le talent que la "gonflette" et la triche ? Quel est le champion le plus estimable : celui qui se "dope" ou celui qui gagne parce qu’il est le meilleur ? Élever un vin, c’est faire preuve d’humilité. L’humilité, c’est une nature, pas un objectif de marketing. Il y a des producteurs de vins très chers qui méritent le respect. D’autres se croient supérieurs aux autres, et le montrent.
DÉFENDRE LA TYPICITÉ EN REJETANT LE DOPAGE
Les vins "putassiers" existent toujours car il y a des acheteurs qui se font "bluffer", mais il y a un revers à la médaille. Le phénomène "vin de garage" se tasse, car l’on se rend compte que ces vins ne tiennent pas la distance. La déception est grande, mais beaucoup plus infime en comparaison de celle d’un consommateur qui a payé une bouteille aujourd’hui sans intérêt à plus de 200 ou 300 e. Si l’on veut être respecté, il faut respecter les autres, en l’occurence les consommateurs. On fabrique donc (quel autre mot pourrait-on employer ? ) ici ou là des vins maquillés, produits comme un drink ou un cocktail. Certains choisissent de faire un vin qui plaît à tout le monde, qui a un goût uniforme, où on se contente de mettre particulièrement le cépage en avant, et c’est bien la preuve que l’on veut escamoter le terroir, ou tout simplement que l’on n’en a pas ! À ce jeu, on ne peutr d’ailleurs pas lutter contre les multinationales du vin. Raison de plus pour ne pas le faire.
À quoi bon surconcentrer les vins, ajouter des levures aromatiques à outrance, un élevage 100% (voire 200%) en barriques neuves quand l'élevage ne doit être qu’un apport, ajouter des copeaux de bois, pratiquer démesurément l’osmose inverse, le micro-bullage ou la micro-oxygénisation, filtrer de plus en plus... Tout cela dépersonnalise les vins et les "aseptise", ces vins encensés par certains, vendus à des prix inadmissibles grâce à cela, ne valent plus tripette au bout de 3 ans quand on les sert dans un verre. Il y a donc de quoi sourire sur ce phénomène de "vins de mode". Comme les OGM, il y a donc ces "VVM" (Vins Vinifiquement Modifiés). À prendre avec humour, bien que ce ne soit pas bien drôle.
On a donc fait des vins de dopage, un point c’est tout. Cela veut tout simplement dire qu’il faut vivre avec la nature, accepter ses aléas, profiter justement des nouvelles techniques pour mieux les combattre, mais toujours différencier chaque millésime, lui rendre son style, et les techniques ostentatoires ne servent pas à grand chose si l’on a pas un terroir. La priorité, c'est laisser s'exprimer son terroir, en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la lutte raisonnée, en laissant faite la nature, qui n’a besoin de personne... Un bon vigneron, qui fait un bon vin, n’a pas besoin de se justifier ou de se déjuger. Quand on a chance de pouvoir sortir de son terroir un Sancerre "minéral", un Châteauneuf-du-Pape épicé, un Pomerol qui sent la truffe, un Sauternes issu du Botrytis... on n’a pas besoin de tricher. On a besoin ensuite de le faire savoir, de communiquer, d’expliquer pourquoi tel terroir donne à son raisin, puis au vin, ce goût de poivre ou de cannelle, tel autre celui du chèvrefeuille ou du cassis. L’usage de la barrique peut être incontestablement un plus, encore faut-il savoir le maîtriser.
LA MASCARADE DES CONCOURS OU DES PRIMEURS
Donner son avis sur un grand cru 2005 de Bordeaux 3 mois après les vendanges, ce n'est que de l'esbroufe. On se trouve face à des vins non finis dont le but est de rafler des éloges, des "étoiles", des notes de "95 sur 100" ou "17 sur 20" (et plus, hélas), uniquement pour pouvoir se vendre vite et cher. Qui peut oser prétendre savoir ce que donnera un vrai grand cru au moment où il vient juste d’être abruti par le début de son élevage en barriques ?
C’est une mascarade, à laquelle certains critiques, surtout étrangers, qui s’y prêtent feraient mieux d’apprendre l’humilité au lieu de donner des conseils. On nous explique même très sérieusement qu’il faudra boire le vin en 2009 ou en 2020. Certains propriétaires feraient bien également de voir à long terme, revenant à plus de réserve, en freinant ces dégustations trop précoces, qui les desservent plus qu’autre chose. On ne me voit donc pas dans le carnaval des dégustations des "primeurs", par exemple. Idem pour les "concours" qui mélangent des vins jeunes, français et étrangers, totalement différents, favorisant ainsi les vins de vinification plutôt que le terroir, qui a besoin de temps pour s’exprimer. Pour les sélections de mon Guide, il n’y a pas de dégustations factices ou arrangées : je ne déguste que des bouteilles capsulées afin d’éviter ces trop jeunes cuvées de concours spécialement arrangées pour bien sortir. Sinon, je déguste sur place, au château, directement dans les fûts, au hasard.
L’ÉVOLUTION DES VINS DEPUIS LE PREMIER GUIDE
Le paradoxe (ou plutôt, le fait que le hasard n’existe pas), et c’est une évidence que quelques "dégustateurs" ne peuvent pas assimiler, faute de recul, c’est que les très grands vins, de toute la France, que l’on goûtait il y a 25 ans n’ont pas tellement changé, ils étaient bons et ils le sont toujours, avec cette empreinte très forte de leur terroir. C’est la différence inimitable entre les très grands vins racés et les autres bons vins que ce soit en Bourgogne, à Bordeaux, dans la Loire, en Champagne ou ailleurs. Est-ce les vins ou nous-mêmes qui changeons ? J’ai commencé dans le Val de Loire et il y avait déjà autant de bons vins de Chinon ou de Saumur-Champigny, et les meilleurs producteurs sont souvent les mêmes. Il n’y a plus de mauvais goût, souvent dûs à des mauvaises barriques ou à des raisins peu mûrs, et voilà tout. Le nombre de "marques", de châteaux, de domaines, a explosé dans ce laps de temps, puisque, auparavant peu de propriétaires vendaient réellement leur production directement. Il ne faut pas faire d’amalgame. La première chose à comprendre, c’est que la consommation a évidemment changé mais, contrairement à ce que l’on peut prétendre, on ne boit pas réellement moins de vin, mais on ne boit plus les vins de bas de gamme, on s’intéresse aux appellations contrôlées, notamment, aux vrais bons vins, à ceux qui ont une "âme". Les vins sont devenus plus intéressants, on s’informe plus, les consommateurs sont devenus plus matures et s’intéressent plus à ce qu’ils ont dans leur verre (ou dans leur assiette).
Les viticulteurs -j’aime mieux le terme de vignerons- ont évolué eux-aussi. Ils l’ont fait comme d’autres professionnels dans différents secteurs, commerciaux, tertiaires ou industriels, tout naturellement, en mettant à profit les nouvelles connaissances mises à leur disposition. Les producteurs n’ont pas modifié leur façon de vinifier ou d’élever leurs vins pour faire plaisir aux consommateurs comme le prétendent certains, notamment ceux qui tentent d’imposer un vin standardisé. Il est inexact de dire que l’on produit des vins adaptés au goût des consommateurs. La typicité est au contraire revendiquée.
LE PREMIER A CLASSER LES VINS DE FRANCE
Mon Guide des Vins a été sûrement le premier du genre : en 1980, il y avait des livres, mais pas de livres "de terrain", et cela fait des envieux, car nous avons non seulement "tenu la distance", mais augmenté notre influence et notre développement, et considérablement permis de modifier les comportements des consommateurs comme des producteurs. Ce n’est pas si facile de durer et de progresser, ce qui prime c’est la régularité. J’ai été également le premier à remettre en cause (c’était en 1985) le "fameux" Classement des vins du Médoc qui datait de 1855... cela avait créé quelques sautes d’humeur et de nombreux soutiens. Petit à petit, j’ai créé des classements dans toute la France, pour la grande majorité des appellations. Mon expérience me permet en effet d’apprécier réellement le potentiel qualitatif des vins : on ne peut pas juger un vin en le goûtant deux ou trois fois. Il y a des dégustateurs qui arrivent sans expérience et pensent qu’en mettant le nez dans un verre pour la première fois, ils vont tout comprendre. Ils se trompent, car la connaissance passe par le constat de l’évolution d’un vin, par un certain recul : comment était-il y a 5 ans, quel était le maître de chai qui a vinifié le millésime 1988 dans tel château, quelle était la météo à la floraison ou durant les vendanges du millésime 1995 ou du 1982, région par région... c’est cela le vin, c’est ce qui en fait un produit non aseptisé, une histoire complexe qui m’intéresse et me passionne toujours autant depuis 26 ans.
Même si c’est le tout-venant, je me suis toujours refusé à "noter" un vin. C’est pour moi une négation de ce "Sang de la Terre et du Ciel" que de le ramener à l’affubler d’une note comme on le ferait pour une dégustation de petits pois. C’est oublier la main de l’homme et la dimension humaine et subjective du vin. Faire cela, c’est comme si on notait un acteur de cinéma ou des peintres contemporains de 1 à 20. Mon respect pour le travail des vignerons ne m’incite pas à agir ainsi. Pour avoir du succès, pour durer, en édition comme en vins, l’image ne suffit pas, il faut du concret, du contenu. Le contenu, c’est par exemple, les Classements. Leur but n’est pas de "comparer" tel ou tel cru, mais plutôt de symboliser des "coups de cœur". Aucun Classement n’est à comparer avec un autre, et il ne doit pas avoir de rapprochement entre une région ou une autre.
LE GOÛT DU VIN
Pour moi, le vin n’a jamais été une boisson. Si l’on a soif, il y a l’eau. Le vin, c’est bien un art à part entière. Nul ne peut apprécier un Picasso ou un Van Gogh, le jazz ou l’opéra, une sculpture, une culture différente de la sienne sans un minimum de connaissance. On ne peut aimer les uns et les autres que si l’on comprend le pourquoi des choses et la passion humaine. Et bien, pour le vin, c’est pareil : il faut expliquer pourquoi un Chinon ne ressemble pas à un Gigondas, expliquer le terroir, le cépage, l’alliance de l’un et de l’autre, il faut expliquer encore que le Cabernet franc est différent du Grenache, et conseiller, c’est fondamental, l’accord des vins et des mets, selon les habitudes régionales, les gens, l’humeur... Ce qui compte, c’est l’originalité. En dégustation, un consommateur doit pouvoir reconnaître un Saint-Émilion, un Châteauneuf-du-Pape de par cette diversité des cépages si bien adaptés aux différents terroirs français. La force du vin, c’est d'être un produit vivant et convivial. C’est donc un art de vivre, celui d’aimer la force de la nature, de rêver en lisant quelques vers de poésie, de partager un nectar, en sachant que la qualité passe par la diversité, que l’extase est la même avec un très grand cru ou un vin modeste, puisque seuls comptent le plaisir de l’instant et celui du goût et du partage. Ce goût du vin, c’est avant tout culturel, c’est une question de mémoire collective avec une histoire, une tradition, ce que ne pourra jamais offrir un vin "fabriqué", français ou étranger.
ALLER SUR LE TERRAIN, PARTOUT
Ma sévérité pour sélectionner des crus se passent sur le terrain. Ma force, c’est ma passion. Je suis autant à l’aise avec un grand "seigneur" médocain qu’avec un viticulteur alsacien qui apporte son vin à la coopérative. Je prends autant de plaisir en débouchant un Cahors qu’un 1er Grand Cru Classé de Saint-Émilion, je partage autant d’affinités avec un vigneron du Beaujolais qu’avec une grande "figure" champenoise. Il y a des vins et des vignerons formidables dans tous les coins de France, et il y a les autres, un point c’est tout. Pour moi, en effet, le choix est vite fait.
Je revendique à la fois la subjectivité (qui n’en a pas ?) et l’objectivité (qui peut l’être totalement ?). C’est l’essence même de la nature humaine. On ne voit pas souvent non plus de "dégustateurs" au fin fond de la vallée du Rhône, de la Loire ou de l’Alsace, de la Provence ou de la Bourgogne, un bon nombre se précipitant par contre lors des dégustations de "grands vins". A croire que, pour eux, les 99% du vignoble restant n’ont aucun intérêt. Ce n’est pas notre manière d’agir, nous, nous y allons, par respect, pour l’information, pour la curiosité, pour soutenir, pour écouter. Il suffit de questionner les vignerons pour en avoir la preuve. On me voit sur le terrain, et pas seulement dans les grands crus. Qui d’autre va saluer sur place chaque année, un vigneron au fin fond du Béarn ou de Visan ? Qui d’autre se passionne autant pour un Chinon que pour un grand Pomerol, pour un "simple" Bordeaux Supérieur comme pour l’un des plus beaux Meursault ?
J’ai la chance d’apprécier sincèrement chaque style de vin, du plus simple au plus grand, sans faire de parallèle ni de comparaison. Je ne suis pas blasé. Pas mon genre de perdre le temps d’un déjeuner avec un propriétaire orgueilleux, mais je suis prêt à m’enthousiamer pour un vigneron qui a la foi, pour soutenir un autre qui en a besoin, pour prendre le temps de rencontrer ceux qui m’inspirent ou pour "boire un canon" en toute convivialité. À mes débuts, Emile Peynaud, avec lequel j’ai appris pas mal de choses essentielles, avait écrit un formidable livre justement intitulé le Goût du Vin. C’est avec de tels écrits, comme cet autre extraordinaire Histoire de la Vigne et du Vin en France, de Roger Dion, que l’on comprend pourquoi le vin est l’emblême d’une civilisation, celui d’un raffinement et d’une intelligence, celui d’une osmose entre la nature et l’homme. Le vin, c’est une culture, et donc un véritable patrimoine qui vaut la peine d’être défendu. Il faut soutenir le travail des vignerons qui vont dans le même sens, qui partagent cette même éthique, à savoir le respect de la nature, du terroir, de l’homme, et le plaisir du vin. Ils font un vin à leur image et doivent ensuite faire passer leur message auprès des consommateurs en leur démontrant pourquoi leur propre vin est différent de celui du voisin, pourquoi le vin sent la framboise, la griotte, comment s’exprime un terroir de marnes kimmeridgienne à Chablis, de silex dans la Loire, de molasses calcaires ailleurs, de "crasse de fer" dans le Libournais...
UN VIN, UN VRAI
Ce qui différencie un vrai vin (le prix n’entre pas en compte alors) d’un simple produit aseptisé, rouge ou blanc, c’est donc ce qu’il nous apporte : le plaisir. Et l’on ne se fait pas plaisir quand on débouche certains vins "modernes" ou à la mode. L’abus de la barrique neuve en est un exemple-type. Rares sont les vrais grands vins qui dépassent 50 à 70% de barriques neuves, et, eux, ont un terroir qui permet de sortir des vins qui "tiennent" autant de pourcentage de fûts neufs. Il est aisé de comprendre qu’un élevage à 100% en barriques neuves ne peut que produire des vins trop boisés, imbuvables, certains à la limite de l’écœureument à cause, en plus, d’une concentration à outrance. Quel intérêt de boire un vin de Bordeaux qui aurait le même goût qu’un vin du Languedoc, de Chine ou d’Australie. Le vin, ce n’est pas cela, ce n’est pas un jus de bois mais un jus de raisin. Il faut qu’il garde son fruit et de la finesse. Quand on a la chance de pouvoir sortir de son sol un Sancerre "minéral", un Châteauneuf-du-Pape épicé, un Pomerol qui sent la truffe, un Chambertin marqué par la griotte, un Sauternes issu du Botrytis, un Champagne où la craie apporte cette élégance... on n’a pas besoin de tricher. On a besoin ensuite de le faire savoir, d’expliquer pourquoi tel terroir donne à son raisin, puis au vin,ce goût de poivre ou de cannelle, tel autre celui du chèvrefeuille ou du cassis.
Le vin, c’est comme la vie : un peu de poésie, l’empreinte d’une origine, quelques notes de souvenirs, un zeste de sensualité, de la mesure et du respect. Il faut aussi être sensible à tous les vins, aller sur place, dans toute la France, et ne pas se contenter de dégustations mondaines, qui masquent la réalité du terrain.
En 27 ans, j’ai donc eu droit à tout : à la morgue de certains, à la frime de nouveaux venus, aux leçons de morale comme aux jalousies. Mais, je n’ai pas dévié d’un pouce, et respecté cette ligne de conduite (elle est naturelle, je n’ai pas à me forcer). On la poursuit donc, en restant fidèle à ceux, les amateurs comme les vignerons, qui sont humbles face à la force de la Nature. Dans toute la France, il y a de grands vins typés, dans toute la gamme, et sans que l’on soit forcément obligé de payer le prix fort pour avoir le meilleur. Le monde du vin est donc aussi celui du rêve et du plaisir, du partage et des rencontres avec des hommes et des femmes attachants et passionnés. Ce sont ceux-là, les vrais, qui comptent et nous apportent cette pluralité qualitative exceptionnelle, à tous les prix, que toute la planète a bien raison de nous envier. Ces vignerons, on aime bien partager un moment avec eux. Ce qui compte, c’est la durée, le respect et la fidélité. Le temps, la continuité, la régularité qualitative sont les seuls critères de jugement auxquels on peut se fier. Il ne reste donc pas de place pour l’arrogance ou l’envie, ni pour les vins standardisés.
21 avril 2007
Les meilleurs vigneronsde Loire
Le top 2007 des vins de Loire
Par Patrick DUSSERT le mercredi 21 mars 2007, 20:33

Le Classement regroupe les
vins d’Anjou-Saumur, de Touraine, du Pays Nivernais et du Pays Nantais… Du
Sancerre au Muscadet, du Coteaux-du-Layon au Pouilly-Fumé, du Vouvray à Saumur,
la région est riche en terroirs et en saveurs, du blanc sec racé à des
liquoreux de haute volée, et des vins de mousse tout en finesse. Tous ces vins
sont très typés par des sols spécifiques (silex, schistes…) où des cépages très
appropriés (Sauvignon, Chenin…) se complaisent à merveille.
Voir les meilleurs vins de l'année : http://www.millesimes.fr/classement.php?rech1=VAL-DE-LOIRE
